Témoin d'une société honteuse

Témoin d'une société honteuse
Elle



Le rêve et la bonne humeur se transmet si facilement quand je croise la clarté pigmentés de ses yeux bleus. Tout a toujours été si facile avec elle. Puis elle me regarde à son tour, un habituel sourire de petite fille parcours son visage. J'aimerai lui dire qu'une fois notre café terminé nous retournerons à la maison. J'aimerai lui dire que la chaleur de la cheminée guidera mes bras qui saurons la serrer. J'aimerai lui dire que je l'aime dans la cuisine, dans le salon ou encore dans la chambre. Mais voila, nous sommes à la rue depuis trois ans.

Je sais que si nous sommes aujourd'hui encore en vie c'est grâce à notre amour. Elle le sais aussi puisqu'elle est comme moi. Ça n'est plus la peur qui maintenant nous anime, ça n'est pas non plus la honte. Simplement la haine. La haine contre nos parents et contre tout ces gens qui nous regardent crever sans jeter un centime. La drogue est rentrée dans nos veines, l'alcool a longtemps coulé dans nos gorges et le bitume nous a déformés. Ce temps est aujourd'hui révolu.

Toujours le sourire aux lèvres elle sait ce qu'il l'attend. Je sonde mes poches trouées à la recherche de derniers centimes pour payer l'addition. Puis ma main vient se caler dans la sienne, je l'accompagne vers un avenir incertain, c'est tout ce que je peux lui offrir. Le bleu de ses yeux se noit dans les larmes, je ne la regarde pas et continue de marcher, sa main dans la mienne. Puis elle me jette un rire nerveux et crispé, comme pour me dire "je vais bien ne t'en fais pas".

Plus que quelques mètres, je la prend dans mes bras pour la porter au bord de ce pont. Nous sommes maintenant cote à cote à deux doigts de la liberté. Un dernier regard complice, un dernier sourire enfantin et on se jette dans les bras de l'éternité.

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Antoine et Laura sont mort le 22 Janvier 2005. Main dans la main.

# Posté le mardi 22 janvier 2008 16:31
Modifié le dimanche 10 février 2008 05:15

La tête dans les nuages, les cheveux au vent et les pieds dans le vide...

 La tête dans les nuages, les cheveux au vent et les pieds dans le vide...


On a une très belle vue de là haut... Les cheveux au vent, les pieds dans le vide et la tête dans les nuages je suis sur le toit de mon lycée. En bas tout commence à s'agiter, ils m'ont enfin remarqués. Je vais attendre encore un peu. Un happy end c'est comme le bouquet final des feux d'artifices, il ne faut rien faire pour le gâcher. Je suis content, j'arrive à déceler une lueur d'inquiétude dans les regards de mes soit disant camarades. S'il savaient que je suis là haut à cause d'eux. On a beau se dire que l'on est nettement supérieur à tous ces connards, mais ils nous le montrent pas. Le harcèlement moral sur une personne faible peu engendrer de grandes conséquences, la preuve. Il détruit à petit feu. Alors que le harcèlement physique frappe un grand coup mais il est tout autant difficile de se relever. Je ne vais pas me relever, je vais rester au sol pour très longtemps...

J'en ait fait des bêtises à cause de tous ces connards surexcités. Mais je vous rassure, aujourd'hui c'est la dernière. Les larmes, le sang ne leur suffit pas à comprendre que leur victime est à terre. A enfin ! Voila ces foutus profs et ce foutu directeur. Ils sont tous coupables, ils m'ont tous vu tomber sans rien faire pour me rattraper. La fin approche, j'en suis conscient. Vont ils se souvenir longtemps ce cette victime de la société qui a fait un dernier plongeon ?

Ils hurlent mon prénom, m'implorant de ne pas sauter. Je vais attendre encore un peu, le spectacle devient intéressant. Je n'ai pas peur, je sais ce qu'il va se passer une fois tout ça terminé, dans un an tout le monde m'aura oublié sauf ma mère qui sera morte de chagrin. Ils commencent à m'énerver à crier. Toutes ces petites agressions de tous les jours m'ont attristées, fait peur, fait mal... Tous les jours je priais pour que ça s'arrête. Mais on m'a dit que c'était la vie. Je ne suis donc pas assez fort pour la vie, c'est lâche peu être mais je suis le genre de personne qui tourne le dos aux problèmes.

Pour justifier mon acte je dirais que c'est pleins de petites choses qui sont venues s'ajouter. Un ballon qui ne cesse de se remplir d'air. C'est aujourd'hui que le ballon éclate. Vous diriez à ma mère que je l'aime. Adieu.

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Michael Leroy s'est tragiquement suicidé en Mars 1996 en sautant du haut du toit de son lycée. Il n'avait pas de problème particulier, seulement plusieurs petits qu'il n'arrivais pas à régler.


# Posté le mardi 22 janvier 2008 16:48
Modifié le dimanche 10 février 2008 05:15

Et si c'était le fou qui était sain d'esprit ?

Et si c'était le fou qui était sain d'esprit ?
Le vent violent s'engouffre par la porte métallique de ce bar aux aspects lugubres et à l'odeur de renfermé. Entre un homme en costard qui ne prête pas la moindre attention aux habitués des journées d'hiver alcoolisées. Il se dirige vers la serveuse d'un pas pressé, trainant derrière lui une humeur maussade. Sans un bonjour ni un regard il commande un café. La jeune serveuse ne peu que s'incliner sous le poids de son autorité malsaine et se dirige d'une marche fatiguée, accompagnée d'une lourde lassitude vers la machine à café.

Il s'assoit dans un coin du bar, loin. Loin de cette folle qui récite, les yeux fixant le plafond, le nom de compositeurs Autrichiens, ou Hongrois. Il n'ose à peine poser ses yeux sur cette tristesse qu'il considère plus que vomitive. Puis cette dame explique qu'une mâchoire large est idéale pour jouer du basson toujours sans attirer la moindre attention. Notre homme hausse les sourcils pour exprimer la répugnance plutôt que la tristesse. Son café vient d'arrivé et son seul désir est de le boire en vitesse pour quitter cet endroit qui respire la folie.

Autour de son jus d'orange, la folle continue son discours bourré d'incohérence. Puis elle se met à fixer l'homme au costard. Elle s'adresse à lui et tente de capter son attention. Lorsque ses yeux croisent les siens, il l'écoute, d'une seule oreille. "Il est dangereux ! Faites attention ! Frédéric est dangereux ! Ne vous approchez pas de lui ! Faites attention..." L'homme sérieux coupe le lien oculaire en levant les yeux au ciel. Ces paroles n'ont pas d'importance, rien n'a d'importance maintenant car sa tasse est vide.

Il se lève, jette un peu de monnaie sur la table et se dirige vers la sortie. Mais un homme entre. Manteau de cuire, visage balafré et attitude insolente. Toujours dans sa sphère de supériorité l'homme pressé bouscule l'insolent. Dos à dos, tout deux s'arrêtent. L'un cherche un couteau, l'autre repense aux paroles d'une folle. L'un se tourne vers lui, l'autre se tourne vers elle. Elle hoche la tête dans un regard d'effroi. Il ferme les yeux, l'autre le saigne.

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Cet homme à en vérité été sauvé par une folle qu'il répugnais en 2001. Il attache maintenant une grande importance à son confort quotidien en lui fournissant une aide à domicile et en allant la voir toutes les deux semaines.



# Posté le lundi 28 janvier 2008 14:44
Modifié le vendredi 29 février 2008 10:34